Champion du théâtre francophone au Canada
Quand, le 16 décembre 1984, les onze théâtres professionnels francophones réunis au Centre national des Arts, à Ottawa, décident de se regrouper au sein d’une association nationale – nommée spontanément l’Association nationale des théâtres francophones hors Québec (ANTFHQ) –, il est bien difficile de prédire la force et l’importance que prendra cette association au cours des années à venir.
C’est la deuxième fois, en fait, que ces théâtres se réunissent de façon relativement formelle. Un an plus tôt, à l’invitation de Jean-Louis Roux, alors directeur artistique du Théâtre du Nouveau-Monde (TNM), à Montréal, ils avaient déjà eu l’occasion de se retrouver et d’échanger sur leurs réalités et leurs préoccupations respectives. De là avait d’ailleurs jailli l’idée de constituer une plate-forme commune d’échanges et de discussion à l’échelle du pays. Cette fois, c’est Jean-Claude Marcus, directeur du Théâtre-Jeunesse au Théâtre français du Centre national des Arts, qui est l’hôte de la rencontre. Arrivé récemment à Ottawa après un assez long séjour à Moncton, il connaît bien les difficultés que rencontrent les théâtres dans les communautés francophones minoritaires et entretient déjà des liens avec bon nombre des théâtres présents. Il veut également trouver une façon de les appuyer, à partir des ressources réunies par son institution.
C’est donc sous ce parrainage amical mais aussi hautement symbolique que l’Association voit le jour. Aussitôt, elle nomme un « Comité directeur » qui va prendre son rôle très au sérieux et donnera en quelque sorte le ton des années à venir. S’y retrouvent Brigitte Haentjens (présidente), Roland Mahé (vice-président), Louise Olivier (trésorière) et Réjean Poirier (secrétaire). Ce comité se met très vite à l’ouvrage et lance, à peine six mois plus tard, une petite étude qui lance le bal : « La situation des théâtres professionnels francophones hors Québec et l’aide financière des agences fédérales » (juin 1985). Bien que réalisée avec de petits moyens, l’étude fait mouche et permet aux représentants de l’Association d’engager des pourparlers serrés avec les deux institutions visées : le Conseil des Arts du Canada et le Secrétariat d’État.
Parallèlement, le Comité directeur s’emploie à mettre en place des moyens de communiquer avec les membres et de créer à l’échelle du pays un véritable front commun autour des préoccupations de l’heure. La première assemblée générale annuelle, en décembre 1985, confirme l’intérêt créé et encourage le Comité directeur à poursuivre son travail dans la même direction. D’une certaine façon, cet élan porte encore aujourd’hui l’Association. Avec des ressources passablement limitées, mais un engagement inverse de ses représentants, elle va pendant vingt ans s’employer à pousser les portes pour assurer aux théâtres les appuis dont ils ont besoin et faire en sorte qu’ils puissent maintenir leur présence essentielle dans les communautés francophones qu’ils desservent.
Plusieurs « grands dossiers » marquent le travail de l’Association tout au long de ces années. Au dossier du financement, imposé dès la première heure, viennent graduellement s’ajouter ceux de la diffusion, de la visibilité et de la reconnaissance et, un peu plus récemment, celui de la formation. Par-delà ces dossiers, l’Association favorise aussi, à travers les rencontres de travail, les projets ou les manifestations d’envergure, la création de liens de plus en plus importants entre les théâtres qu’elle réunit. Le courant d’échanges et de collaboration qui se développe depuis plusieurs années entre les compagnies membres de l’Association en témoigne éloquemment.
En l’espace de 20 ans, l’ATFC n’a donc certes pas épuisé son mandat mais elle a incontestablement réussi à jouer le rôle que les théâtres lui dessinaient. Non seulement elle aura été un porte-parole essentiel de leurs besoins et de leurs préoccupations mais elle leur aura fourni une plate-forme privilégiée pour se concerter et définir les contours d’un espace théâtral original à la grandeur du pays.
Le financement
La question du financement demeure la principale question à l’ordre du jour de l’Association pendant plusieurs années. Partant de l’étude déposée en juin 1985, les représentants de l’Association multiplient leurs démarches auprès des deux partenaires fédéraux, le Conseil des Arts du Canada et le Secrétariat d’État et les amènent à signer, en avril 1988, un « protocole d’entente » qui établit leurs rôles et leurs responsabilités respectifs dans le soutien des théâtres professionnels au sein des communautés francophones minoritaires. Ce protocole, qui sera renouvelé en octobre 1997 (avec l’ajout du Centre national des Arts), est complété de lignes directrices et d’un mécanisme de concertation annuel (Comité conjoint) obligeant les fonctionnaires des deux institutions à se pencher périodiquement sur la situation des théâtres et la nature de leur aide. Il est à noter que ce protocole servira ultérieurement de modèle à d’autres plates-formes artistiques (en édition et en arts visuels, notamment)
La première action concrète découlant du protocole est l’engagement d’une étude d’assez grande envergure qui vise à re-prendre et à approfondir les conclusions présentées en 1985. L’étude est confiée à des chercheurs des Hautes Études Commerciales (François Colbert, André Fortier) qui confirment pour ainsi dire les constats faits par l’Association. Leur rapport, « Les théâtres professionnels franco-phones hors Québec : la voie de l’efficacité » (octobre 1989), souligne clairement le sous-financement actuel des théâtres et adresse un ensemble de recommandations demandant notamment un accroissement majeur de l’aide financière qui leur est apportée. Ces recommandations ne sont malheureusement pas suivies intégralement mais elles valident et encadrent pendant plusieurs années les demandes de l’Association.
Au cours des années suivantes, la question du financement s’élargit aussi à d’autres cibles. Ainsi, l’Association va s’intéresser à un autre volet de programme du Conseil des Arts du Canada, l’Office des tournées, qui est une source de financement stratégique pour la circulation des spectacles. L’initiative de l’ATFC permet d’en assouplir certains critères et d’élargir notablement l’accès du programme à ses membres. Les représentants de l’Association participent aussi activement aux différentes refontes de programmes engagées au sein du Conseil des Arts (incluant celle de l’Office des tournées) et au sein du ministère du Patrimoine canadien. C’est ainsi qu’ils contribuent à la conception et à la mise en place des nouveaux programmes de la Politique des arts (Présentation des arts Canada, Espaces culturels Canada).
Bon nombre de ces démarches trouvent appui depuis 1997, date du renouvellement du protocole d’entente, sur le « Forum mixte », mécanisme dérivé du Comité conjoint, qui réunit annuellement (au moins) des représentants du Conseil des Arts du Canada, du ministère du Patrimoine canadien, du Centre national des Arts et de l’ATFC. Mais l’action de l’Association emprunte également d’autres canaux, tels ceux qui ont été mis en place ces dernières années par la Fédération culturelle canadienne-française pour gérer l’Entente de collaboration multipartite sur la culture.
| Quelques dates-clés |
Décembre 1984 Fondation de l’Association nationale des théâtres francophones hors Québec (ANTFHQ), au Centre national des Arts, à Ottawa.
Juin 1985 Publication d’une étude-maison : « La situation des théâtres professionnels francophones hors Québec et l’aide financière des agences fédérales ».
Avril 1988 Signature du protocole d’entente entre le Secrétariat d’État et le Conseil des Arts du Canada visant « l’aide accordée aux compagnies de théâtre professionnelles dans les communautés de langue officielle en situation minoritaire ».
Octobre 1989 Rapport du Groupe de recherche et de formation en gestion des arts des Hautes Études Commerciales : « Les théâtres professionnels francophones hors Québec : la voie de l’efficacité ».
Décembre 1992 « Le silence des auteurs, ou comment raviver notre dramaturgie », Forum sur la création dramaturgique originale, à Vancouver.
Juin 1993 Rencontre spéciale des directeurs artistiques, à Vaudreuil (Québec).
Septembre 1993 Première publication de l’Agenda pan-canadien du théâtre professionnel.
Octobre 1993 Coordination d’une campagne nationale de sensibilisation sur le thème : « Onze théâtres francophones ne veulent plus être sans abri ».
Mai 1994 Incorporation de l’ANTFHQ (obtention des lettres patentes).
Mai 1995 Première édition des 15 Jours de la dramaturgie des régions, jumelée à l’organisation des Rendez-Vous de l’ANTFHQ, au Centre national des Arts, à Ottawa.
Octobre 1995 Coordination d’une campagne nationale de promotion, « Mon théâtre, j’y tiens ! » comprenant une série de présentations publiques à l’intérieur des théâtres.
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Printemps 1996 Adoption d’un nouveau nom : l’Association des théâtres francophones du Canada (ATFC) remplace l’Association nationale des théâtres francophones hors Québec (ANTFHQ).
Octobre 1997 Signature d’un protocole de collaboration, renouvelant le protocole d’entente de 1988, entre le Conseil des Arts du Canada, le Centre national des Arts et le ministère du Patrimoine canadien.
Juin 1999 Deuxième édition des 15 Jours de la dramaturgie des régions, au Centre national des Arts, à Ottawa.
Lancement de la Fondation pour l’avancement du théâtre francophone au Canada (sous la présidence d’Antonine Maillet).
Février 2000 Remise du premier Masque de la production franco-canadienne à la Soirée des Masques, à Montréal.
Avril 2000 Installation à l’Association d’une direction générale, suivie quelques mois plus tard d’un bureau permanent.
Juin 2000 Première édition des Chantiers-théâtre, à Edmonton.
Septembre 2000 Mise en place du volet « hors Québec » de l’initiative Les Voyagements.
Juin 2001 Troisième édition des 15 Jours de la dramaturgie des régions, rebaptisés le Festival du théâtre des régions, au Centre national des Arts, à Ottawa.
Mars 2002 Coordination d’une activité nationale autour de la Journée mondiale de théâtre (27 mars).
Juin 2002 Deuxième édition des Chantiers-théâtre, à Moncton.
Juin 2003 Présence active de l’ATFC à Montréal en marge de la 10e édition du Festival de théâtre des Amériques.
Juin 2004 Troisième édition des Chantiers-théâtre, à Torono.
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La diffusion
Bien que la question du financement demeure pendant de nombreuses années une préoccupation centrale pour l’Association, les résultats obtenus à ce chapitre amènent le Comité directeur à proposer, en décembre 1990, l’engagement d’une autre initiative autour « de la diffusion et du développement de marchés ». La proposition n’est évidemment pas fortuite : tous les théâtres réunis au sein de l’ATFC sont confrontés à des défis semblables, que ce soit pour faire circuler leurs spectacles en tournée ou pour élargir localement la base de leur public et de leurs abonnés. La question est également encouragée par l’étude Colbert-Fortier dont les recom-mandations lient en partie l’accroissement des fonds publics à une augmentation parallèle des « revenus gagnés » (ventes de spectacles, guichet).
Cette proposition est ainsi apportée à l’assemblée générale annuelle, à l’appui d’un document de réflexion tentant de faire le point sur la situation et énonçant un certain nombre de pistes d’action (« La diffusion en question, Éléments d’orientation pour une stratégie de diffusion concertée des théâtres francophones hors Québec », décembre 1990). Trois enjeux sont notamment soulevés : le développement des possibilités de circulation des spectacles à l’intérieur des salles existantes ; la consolidation des infrastructures de présentation de spectacles dans les principaux centres urbains ; et le développement de réseaux régionaux à l’extérieur des métropoles.
La discussion de ce document va engager une réflexion qui mènera l’année suivante à l’organisation de trois « tables sectorielles » : théâtre avec un fonctionnement de type saison, théâtre dit « intermédiaire » et théâtre enfance-jeunesse. Il en ressort deux besoins clairement prioritaires : le développement des infrastructures théâtrales et le soutien des réseaux de diffusion régionaux. Ces deux axes établiront en quelque sorte le cadre d’action de l’Association dans ce dossier au cours de la prochaine décennie.
Un premier document y fait immé-diatement suite : « État des projets de salles et de réseaux de diffusion engagés par les théâtres francophones hors Québec » (décembre 1992). Cette étude, qui décrit les projets en présence et tente d’en chiffrer le coût, est suivie de nombreuses mises au point à l’occasion des assemblées générales annuelles de l’Association. Elle fait aussi l’objet, en 2001 d’une mise à jour plus substantielle dans un document d’analyse intitulé « L’État des lieux : Document de réflexion sur les infrastructures théâtrales au Canada français » (juin 2000), qui dresse un portrait des projets d’infrastructures en présence.
Entre-temps, et comme ce dernier rapport en témoigne, plusieurs projets d’infrastructures ont vu le jour. Une importante initiative a été également lancée, sous la bannière Les Voyagements, en partenariat avec un organisme québécois, pour appuyer la circulation des œuvres de création. Enfin, l’ATFC s’est jointe à différentes tables de concertation sur la diffusion pour défendre le point de vue et les préoccupations parti-culières des compagnies qu’elle réunit.
La reconnaissance et la visibilité
En même temps qu’ils voient à améliorer leurs conditions de travail, tant matérielles que financières, les membres de l’ATFC restent préoccupés par la place qu’on leur reconnaît sur la scène théâtrale et culturelle nationale. N’étant pas présents dans les principales institutions du théâtre francophone, concentrées au Québec, et n’ayant pas non plus accès à de nombreux médias pour promouvoir et populariser leurs activités, les théâtres franco-canadiens sont souvent peu visibles et injustement méconnus, du moins en dehors de leur milieu. Cette situation invite donc l’ATFC à prendre des actions pour rehausser leur image et faire mieux connaître leurs réalisations.
Ces actions débutent avec la diffusion accrue du bulletin « D’une scène à l’autre » et la réalisation de quelques éditions spéciales à grand tirage. Puis l’ATFC inaugure en 1993 la production d’un Agenda (« L’Agenda pan-canadien du théâtre professionnel ») qui va devenir une initiative annuelle, tout en s’élargissant et en se raffinant. L’Association entreprend également à l’automne 1995 une importante campagne de promotion, « Mon théâtre j’y tiens ! », visant à rejoindre les médias et les chefs de file des communautés franco-phones à travers le pays.
Les membres de l’Association rêvent toutefois d’un événement de plus grande envergure qui permettrait de les « positionner » nationalement. Dès 1988, ils évoquent ainsi « la possibilité de créer un festival de théâtre francophone hors Québec réunissant, sur une base pluriannuelle, des spectacles des théâtres membres dans l’une des métropoles du Canada ». Cette idée fait tranquillement son chemin au cours des années suivantes, intéressant au passage le directeur du Théâtre-Jeunesse du Centre national des Arts, Jean-Claude Marcus, qui a établi en 1983 un programme à l’intention des théâtres (Développement du théâtre en région) pour appuyer le développement de la dramaturgie. Une discussion de fond a ainsi lieu lors d’une rencontre spéciale des directeurs artistiques en juin 1993 et mène, à l’assemblée générale suivante, à l’adoption du projet. « Les 15 Jours de la dramaturgie des régions » voient le jour un an plus tard (mai 1995) dans le cadre d’un partenariat étroit avec le Centre national des Arts. L’initiative se répètera quatre ans plus tard, en 1999, puis en 2001 sous le nom de « Festival du théâtre des régions ».
Une autre initiative importante de l’Association est l’inclusion des théâtres franco-canadiens à la Soirée des Masques qui, à partir de 1995, célèbre annuellement l’excellence de la création théâtrale… au Québec. Au terme de plusieurs démarches, l’Association réussit à obtenir la création d’un Masque de la production franco-canadienne qui couronne annuellement, à partir de février 2000, la production d’un théâtre membre de l’ATFC. Bien d’autres initiatives, sans doute plus modestes, viennent aussi appuyer autrement la visibilité des théâtres sur la scène nationale. Citons entre autres : la présence de l’Association à des événements et des manifestations théâtrales importantes, l’animation d’un site Web ou encore la « Célébration populaire » de la Journée mondiale du théâtre, le 27 mars, etc.
| La Fondation pour l’avancement du théâtre francophone au Canada |
C’est une initiative menée au Québec par le Conseil québécois du théâtre (CQT) qui incite l’ATFC, en 1997, à se pencher sur la possibilité de créer un mécanisme de financement autonome qui permettrait d’assurer aux compagnies un mode alternatif de financement. S’intéressant d’abord au modèle étudié par le CQT et à l’initiative française qui l’inspire, l’Association pour le soutien du théâtre privé établie dans la région parisienne, les responsables de l’Association décident toutefois d’emprunter une voie différente en créant une fondation privée dont le but serait principalement d’aller chercher l’appui d’entreprises et de mécènes auxquels les compagnies n’ont pas accès individuellement.
Après plusieurs démarches visant à établir sa faisabilité, la Fondation pour l’avancement du théâtre francophone au Canada est incorporée en décembre 1998 et établit son premier conseil d’administration, sous la présidence d’Antonine Maillet, en juin 1999. De septembre 1999 à juin 2002, la Fondation s’emploie à orchestrer une campagne de financement avec le concours de professionnels reconnus dans ce domaine. Malgré les efforts engagés, le résultat de ces démarches est toutefois mitigé et la possibilité de constituer un fonds de capitalisation suffisant est partiellement remise en question.
Le conseil d’administration de la Fondation décide alors de revoir son mandat pour le préciser davantage autour du « soutien de l’excellence théâtrale au Canada français ». C’est dans cette perspective qu’une nouvelle initiative est lancée, sous la présidence de Jean-Louis Roux, pour mettre en place des « bourses d’excellence » qui viseraient à souligner la contribution de jeunes professionnels actifs dans le milieu théâtral franco-canadien et à les encourager à y poursuivre leur carrière. La Fondation choisit de profiter du Gala-anniversaire de l’ATFC, en juin 2004, pour lancer publiquement cette initiative et remettre ses premières bourses.
Selon la réponse que recevra cette initiative, la Fondation pourrait choisir de remettre ces bourses annuellement en profitant là encore d’un événement relié à l’ATFC, comme les Chantiers-théâtre ou, les années alternatives, le Festival du théâtre des régions. Parallèlement, le conseil d’administration de la Fondation entend poursuivre ses démarches auprès du secteur corporatif pour accroître le montant des fonds permettant de soutenir ces bourses.
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La formation
Dernier-né des grands dossiers, celui de la formation n’est pas pour autant tout à fait nouveau. Dès les premières années de l’Association, la question de la formation est débattue au sein de l’assemblée générale annuelle mais les ressources accessibles à l’Association conduisent à l’écarter des priorités. Les représentants de l’ATFC cherchent à quelques occasions à greffer des activités de formation à des activités existantes. En décembre 1992 par exemple, un Forum sur la création dramaturgique est organisé en marge de l’assemblée générale annuelle à Vancouver. Dans le même esprit, les 15 Jours de la dramaturgie des régions sont le cadre, en mai 1995, d’une série de panels et d’ateliers réunis sous le thème « Les Rendez-Vous de l’ANTFHQ ». Les éditions suivantes des 15 Jours puis du FTR reprendront cette idée autrement.
À partir de 1999, toutefois, il devient évident que l’ATFC doit s’investir davantage dans ce dossier. L’expérience des 15 Jours démontre qu’il serait intéressant d’organiser en alternance, puisque l’événement est biennal, une activité de formation ou de développement professionnel qui serait accessible à un plus grand bassin d’artistes circulant dans l’orbite des compagnies. Ainsi naissent à Edmonton, en juin 2000, les Chantiers-théâtre qui réunissent, pendant près d’une semaine, une centaine de praticiens autour d’ateliers de formation, de rencontres et de mises en lecture. La collaboration établie avec l’École nationale de théâtre du Canada permet notamment d’y assurer la présence de professeurs qualifiés. Le succès de l’expérience conduit à renouveler l’événement en 2002 (Moncton) puis en 2004 (Toronto).
Par-delà cette initiative, les représentants de l’Association aimeraient toutefois aborder plus directement les conditions de la formation théâtrale au pays. Ils explorent ainsi présentement l’idée d’un Forum sur la formation qui pourrait réunir en 2005 les différentes institutions concernées et les représentants des compagnies autour de cette question.
Autres dossiers
Plusieurs autres dossiers ont aussi animé les actions de l’Association au cours des dernières années. L’un d’entre eux est celui du financement privé qui mène, en 1998, à la création de la Fondation pour l’avancement du théâtre francophone au Canada, une fondation indépendante mais organiquement liée à l’ATFC. Un autre dossier important est celui des relations avec le Québec et, plus largement, des relations avec la francophonie internationale qui se traduit dans de nombreuses collaborations avec des organismes de théâtre au Québec et à l’étranger. Enfin, on pourrait citer les récentes démarches engagées par l’Association pour se doter d’un pied-à-terre à Montréal et accroître ainsi sa présence et celle du milieu théâtral franco-canadien au sein des institutions théâtrales et des médias francophones présents dans la métropole québécoise.
| Les présidences de l’ATFC |
Brigitte Haentjens (1984-1990) tient la barre de l’Association durant les six premières années de son existence. Rassembleuse, c’est elle qui lui imprime en bonne partie son élan mais aussi son ton revendicateur. Sa présidence est notamment marquée par la signature du Protocole d’entente sur le théâtre et la mise en place du Comité conjoint. Les succès qu’elle connaît à la direction artistique du TNO rejaillissent sur l’Association et l’aident à établir sa crédibilité.
Yves-Gérard Benoit (1991-1992), équipier de Brigitte Haentjens à la direction du TNO, maintient lui aussi le profil politique de l’Association. Sensible aux aspects administratifs, il pousse encore plus loin le dossier du financement, qui lui inspire en 1992 un mémoire magistral devant le Comité conjoint : « La situation des théâtres hors Québec : l’urgence d’une action concertée ». Il encourage aussi la discussion de nouveaux dossiers, tels ceux de la diffusion et des infrastructures, et favorise une plus grande concertation des compagnies par secteurs.
Maurice Arsenault (1993-1995) amène la présidence en Acadie où il co-dirige le Théâtre l’Escaouette. Fort lui aussi d’une expérience administrative, il est l’un des artisans de la première édition des 15 Jours de la dramaturgie des régions (dont il assurera d’ailleurs, par la suite, la coordination à titre de contractuel). C’est également sous sa présidence que l’Agenda des théâtres francophones du Canada voit le jour et qu’une importante campagne est organisée pour promouvoir le dossier des infrastructures : « Onze théâtres francophones ne veulent plus être sans abri ».
René Cormier (1995-1999) prolonge la présidence acadienne de l’ATFC. Directeur artistique du Théâtre populaire d’Acadie, il consolide les avancées de l’Association et s’attache à accroître sa présence sur la scène nationale. Outre la 2e édition des 15 Jours de la dramaturgie des régions, il contribue ainsi à l’établissement du Masque de la production franco-canadienne et de la Fondation pour l’avancement du théâtre francophone au Canada et à l’élargissement du projet Les Voyagements à l’extérieur du Québec. Il participe aussi au renouvellement du protocole d’entente sur le théâtre.
Avec Daniel Cournoyer (1999-2001), la présidence de l’Association fait sa première incursion dans l’Ouest. Déjà engagé dans la mise sur pied de l’Association des compagnies de théâtre de l’Ouest (ACTO), il veut resserrer les liens de l’Association avec ses membres et accroître sa présence sur « le terrain ». Il est ainsi l’un des principaux promoteurs des Chantiers-théâtre. C’est aussi sous sa présidence que l’Association se dote d’un bureau et, surtout, d’une direction générale à temps plein (Alain Doom).
Guy Mignault (2001- …) ramène la présidence en Ontario où il dirige depuis plusieurs années le Théâtre français de Toronto. L’ATFC consolide, sous son mandat, sa structure permanente et met en place une planification stratégique. Tout en poursuivant ou consolidant certains projets, comme les Chantiers-théâtres, le Masque de la production franco-canadienne et l’Agenda, l’Association voit aussi à en rationaliser d’autres. Elle obtient ainsi que le Festival du théâtre des régions soit intégré aux activités régulières du Centre national des Arts. Enfin, c’est sous cette présidence que l’ATFC célèbre 20 ans d’affirmation théâtrale et scelle encore une fois de nombreuses collaborations (Radio-Canada, École nationale de théâtre, CEAD, Ambassade de France, etc.).
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