Des partenaires essentiels

L'IMPORTANT développement accompli par le théâtre franco-canadien au cours des dernières décennies n’aurait pas été envi-sageable sans la participation de certains partenaires clés qui ont, de diverses façons, soutenu les initiatives de l’Association et de ses membres. Même si ces appuis ne sont pas toujours allés de soi et n’ont pu être gagnés parfois qu’après une longue série de démarches, il est clair que leur apport a été essentiel à l’avancement de plusieurs plates-formes et au succès de nombreux projets.

On pense d’abord, bien sûr, aux bailleurs de fonds qui détiennent, pour une bonne part, la clé de tout projet de développement. C’est vers eux d’ailleurs – et plus précisément le Conseil des Arts du Canada et le Secrétariat d’État (ancêtre du ministère du Patrimoine canadien) – que l’ATFC a orienté ses premières démarches et concentré pendant plusieurs années son action. Sans être absolus ni définitifs, les engagements qu’elle a obtenus de leur part et, par la suite, de plusieurs autres bailleurs de fonds ont certainement été déterminants dans l’essor du théâtre franco-canadien au cours des vingt dernières années.

Une autre série de partenaires a également été essentielle dans tout ce développement : ce sont les multiples partenaires « artistiques » qui ont appuyé le développement professionnel des théâtres et ont collaboré dans ce sens avec l’Association. Parmi eux, on ne peut manquer de mentionner le Théâtre français du Centre national des Arts qui a été, à plusieurs égards, un collaborateur de la première heure ; mais on peut aussi penser à de nombreux organismes, pour la plupart québécois, qui ont ouvert leurs portes à la réalité franco-canadienne.

Dans le même ordre d’idées, une autre participation importante, bien que toujours insuffisante au regard des attentes ou des besoins, a été celle des partenaires médiatiques qui ont appuyé depuis vingt ans les efforts des compagnies pour les aider à se faire connaître et à développer leur public. Au premier chef, on peut nommer la Société Radio-Canada dont les stations régionales et les artisans à leur emploi ont été bien souvent des complices directs des compagnies, mais il faut mentionner aussi les autres diffuseurs publics (TfO, TV5, Télé-Québec) et, bien sûr, les réseaux communautaires (journaux, radios) qui rallient les communautés francophones d’un bout à l’autre du pays.

Enfin, on doit souligner les liens étroits de collaboration établis par les théâtres avec les autres organismes artistiques et culturels de la francophonie, au plan national comme sur le terrain. Ces liens, bien incarnés dans la participation de l’ATFC à la Fédération culturelle cana-dienne-française (FCCF), ont eu de nombreuses retombées concrètes sur le développement des théâtres et l’appui que ceux-ci recueillent dans les communautés. On ne peut manquer de souligner non plus le rôle joué à ce niveau par Théâtre Action, organisme phare du théâtre franco-ontarien et autre compagnon de route de l’ATFC depuis 20 ans.

La mise en place et l’entretien de ces différents partenariats ont donc été, depuis 20 ans, une autre action essentielle des compagnies et de l’ATFC. Par cette action, les compagnies franco-canadiennes ont pu non seulement s’assurer un accès à des ressources essentielles mais aussi associer à leur travail un ensemble d’alliés très importants pour leur développement futur.

Les trois piliers fédéraux

En tête de ces appuis, on ne peut manquer de souligner le rôle particulièrement décisif qu’ont joué trois partenaires fédéraux clés : le Conseil des Arts du Canada, le ministère du Patrimoine canadien et le Centre national des Arts. Les deux premiers, autour desquels se sont d’ailleurs cristallisées les premières démarches de l’Association, ont été, au cours des vingt dernières années, les principaux appuis financiers des théâtres. Bien que le soutien des théâtres fasse partie de son mandat, le Conseil des Arts du Canada a su démontrer au cours des années une sensibilité particulière à la réalité des compagnies franco-canadiennes et infléchir certaines de ses pratiques en fonction de cette réalité (ex : critères, jurys). De même, le ministère du Patrimoine canadien (alias le Secrétariat d’État) a su reconnaître la place particulière des théâtres dans les structures de développement des communautés francophones. La signature par les deux organismes fédéraux du Protocole d’entente sur le théâtre confirme bien, à partir de 1988, la réalité de ces appuis.

Le Théâtre français du Centre national des Arts peut être considéré comme le troisième pilier de ce partenariat fédéral. Présent, comme on l’a vu, dès la fondation de l’ATFC, il se joint aussi au Comité conjoint formé à la suite du Protocole d’entente, à titre de ressource d’abord puis en tant que partenaire à part entière, en considération de l’appui qu’il fournit aux compagnies, de façon directe (Dévelop-pement du théâtre en région) ou indirecte (accueils, mise sur pied des 15 Jours de la dramaturgie des régions). C’est dans ce sens qu’il est d’ailleurs invité à se joindre au Protocole d’entente lorsque celui-ci est renouvelé en 1997. Le Forum mixte, qui réunit les trois partenaires fédéraux en plus de l’ATFC, devient alors un lieu de concertation privilégié autour de projets majeurs, comme Les 15 Jours de la dramaturgie des régions, les Chantiers-théâtre ou Les Voyagements.

Un quatrième partenaire fédéral

Bien que son appui ne soit pas financier, la Société Radio-Canada représente certainement un autre partenaire fédéral dont l’appui a été extrêmement important pour le développement des compagnies. On pense surtout, ce faisant, au rôle joué par les stations régionales – radio et télévision dans certains cas –dont l’appui aux théâtres s’est manifesté de façon continue et multiple au cours des dernières décennies.

Représentant dans plusieurs régions le principal média d’expression française accessible à l’ensemble de la population, Radio-Canada a toujours assumé une responsabilité particulière à l’égard de la vie culturelle locale. La proximité naturelle entre les métiers du théâtre et ceux de la radio ou de la télévision ont encore contribué à renforcer ce lien entre les stations de la société d’état et les compagnies présentes dans leur environnement. Les manifestations de cette collaboration sont multiples : couverture privilégiée des événements théâtraux, organisation d’événements conjoints (ex : autour de la Journée mondiale du théâtre), promotions gratuites (partenariats médias), production de radios-théâtres, etc. Elles s’étendent aussi à l’implication personnelle de nombreux artisans de Radio-Canada dans les activités mêmes des compagnies, que ce soit la participation à des productions (professionnelles ou communautaires), la présence au conseil d’administration, ou encore la contribution à des projets de levée de fonds.

Ces collaborations ne sont pas aussi nombreuses au niveau national, mais elles existent également et contribuent là encore à élargir la visibilité et le rayonnement des théâtres. Le meilleur exemple en est probablement le Festival du théâtre des régions dont Radio-Canada est devenu, au fil des ans, un des partenaires importants, aux côtés des autres partenaires fédéraux . La participation étroite de Radio-Canada aux célébrations des 20 ans de l’Association en est une autre manifestation.

L’appui du Québec

À côté de ces appuis fédéraux, un autre partenaire gouvernemental joue également, à partir des années 1990, un rôle très important dans le développement de plusieurs projets des théâtres. C’est le Secrétariat aux affaires intergouvernementales canadiennes (SAIC) du Gouvernement du Québec qui, à travers son programme d’appui aux communautés francophones, le Fonds de soutien, cherche à encourager des partena-riats entre organismes québécois et non-québécois. Plusieurs compagnies, comme le Théâtre de la Vieille 17 ou le Théâtre l’Escaouette, prennent rapidement avantage de ce programme pour développer des collaborations puis des coproductions avec des compagnies du Québec (Théâtre Niveau parking, Théâtre Sortie de secours, Théâtre de Sable, etc.).

Dans le même esprit, le SAIC favorise aussi le développement des liens entre l’ATFC et différents organismes de théâtre québécois. C’est grâce à son appui que l’Association peut, par exemple, tenir des activités au Carrefour international du théâtre de Québec, au Festival de théâtre des Amériques ou à la Semaine de la dramaturgie du CEAD. Le SAIC va aussi apporter une contribution significative aux 15 Jours de la dramaturgie des régions puis aux Chantiers-théâtre en y facilitant notamment la venue d’artistes ou de personnes-ressources du Québec.

Les partenaires communautaires

Enfin, il est impossible de ne pas évoquer dans ce portrait l’appui apporté aux théâtres et à l’ATFC par les organismes culturels ou communautaires présents dans les communautés francophones. Même si les compagnies théâtrales ont toujours tenu à leur indépendance et à leur liberté d’action artistique, elles ont noué dans chacun de leurs milieux des partena-riats multiples autour de projets ou d’initiatives collectives. L’installation de plusieurs théâtres au sein d’infrastructures culturelles ou communautaires (comme à Caraquet, Moncton, Sudbury, Winnipeg, Edmonton ou Vancouver) en est une bonne illustration. Mais on pourrait en donner bien d’autres exemples dans le champ de l’animation culturelle, de la diffusion ou de la formation.

Au plan national aussi, l’ATFC, tout en fonctionnant de façon autonome, entretient des liens étroits avec les autres plates-formes nationales et, particulièrement, la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF) dont elle est membre actif depuis 1989. Beaucoup de dossiers pilotés par l’Association sont menés en étroite collaboration avec la Fédération culturelle et l’Association s’inscrit aussi dans les démarches collectives pilotées par la Fédération, comme « l’Entente de collaboration multipartite en faveur du développement culturel et artistique des communautés francophones et acadiennes du Canada » qui est la clé, depuis 1998, de la réalisation de plusieurs projets structurants.

L’Association participe également à d’autres plates-formes nationales, comme la Table des organismes nationaux des arts et de la culture (TONAC) et la Conférence canadienne des arts.



Une amitié particulière

Limitée pendant longtemps à des contacts sporadiques ou des invitations isolées (comme celle qui conduisait le Théâtre l’Escaouette à La Rochelle en 1980), la relation que le théâtre franco-canadien entretient avec la France connaît depuis quelques années un élan particulier.

Un événement est en partie à l’origine de ce phénomène, c’est le Festival international des francophonies en Limousin (Festival de Limoges) qui a encouragé à répétition, depuis une dizaine d’années, des contacts privilégiés entre des théâtres français et franco-canadiens. Depuis l’invitation de la pièce Le Chien, du Théâtre du Nouvel-Ontario, en 1989, le festival s’est fait un point fort d’accueillir régulièrement des représentants du théâtre franco-canadien. Combinant pendant plusieurs années la direction du festival et la présidence de la Commission internationale du théâtre francophone (CITF), Monique Blin a été l’une des principales artisanes de cette ouverture.

La participation, symétrique, de représentants français au Festival du théâtre des régions, à Ottawa, a également contribué à renforcer ces liens. Les rencontres provoquées à ces occasions ont suscité de nombreux rapprochements qui débou-chent aujourd’hui sur diverses formes d’échanges ou de collaborations. Ainsi, les dernières années ont vu se multiplier les coproductions réunissant des compagnies françaises et canadiennes. Les deux dernières en date, …puisque le monde bouge… et Violette sur la terre, ont connu un large rayonnement sur les territoires canadien et français. Plusieurs compagnies françaises sont aussi venues tourner en sol canadien, comme la compagnie marseillaise GYPTIS avec la pièce d’Edward Albee, Qui a peur de Virginia Woolf ?

Les célébrations de 2004 viennent encore renforcer ces liens en favorisant d’autres occasions de collaboration avec des partenaires français. À titre d’exemple, la région d’Ottawa accueillera en 2004 une production française de La Nuit juste avant les forêts de Bernard-Marie Koltès (à La Nouvelle Scène) pendant que la région de St-Jean au Nouveau-Brunswick accueillera la Comédie française avec Le malade imaginaire de Molière. Au plan national, l’ATFC bénéficiera, dans le cadre des Chantiers-théâtre, de la participation d’un représentant de l’École nationale supérieure des arts et techniques du théâtre (ENSATT) de Lyon. Enfin, elle a reçu pour la réalisation de ce livre un concours important de l’Ambassade de France au Canada.

Toutes ces collaborations rappellent que le théâtre est une partie importante de l’héritage culturel que la France a léguée aux communautés françaises d’Amérique. Comme le souligne justement le film 1604 de Renée Blanchar, qui retrace le premier établissement français en Acadie, le théâtre a été la première expression de la culture française en terre canadienne. La pièce Le Théâtre de Neptune, créée par Marc Lescarbot il y a près de 400 ans, pourrait être considérée d’une certaine façon comme la première pièce « franco-canadienne » !


Un théâtre qui s'impose et qui s'exporte<<<Début